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Au Puy-en-Velay, "Alcino" quitte le Bar de la Verveine
Temps de lecture : 4 minutesL'un des derniers bistrots traditionnels du Puy vient de changer de main. Alcino Goncalves Pires était derrière le comptoir du Bar de la Verveine dans le quartier Saint Jean depuis 27 ans. Portrait d'un homme venu de loin, et devenu un enfant du pays.
« Au Puy, tout le monde se connaît. C'est un lieu beau et sûr », résume solennellement Alcino. Né à Guarda, au Portugal, l'homme est un enfant "adopté" de la cité mariale, qui l'a vu grandir, travailler... et finalement prendre les rênes du Bar de la Verveine en 1999. « Ce bar, c'est un lieu de rigolade, de convivialité. Je n'en garde que de bons souvenirs », dit-il. Pour Alcino, ç'aura sans doute aussi été une forme d'accomplissement, lui qui n'est arrivé en France qu'en 1967.
« C'est à la gare du Puy que j'ai pris pour la première fois des chaussures »
À cette époque, le futur ponot n'a que 11 ans. Au Portugal, ses parents veulent fuir la pauvreté et la faim imposées par la dictature de Salazar. Marchant des kilomètres jusque dans les Pyrénées, Alcino et sa famille atteignent la France. « Nous avions des cousins près du Puy, c'est ce qui nous a amené à venir ici ». Aujourd'hui, il retient un élément important de son arrivée à la ville-préfecture : « C'est à la gare du Puy que j'ai pris pour la première fois des chaussures ».
Alcino passe sa jeunesse à Polignac. L'adolescent va à l'école au Puy : « J'ai été bien accueilli, mais l'intégration a été difficile du fait de la barrière de la langue. Vous savez, en famille, on parlait encore portugais... » Il suit plus tard une formation en apprentissage, avant d'enchainer plusieurs travaux dans le BTP, la peinture, la tannerie... « Et puis à 49 ans, je me suis dit : "Tu travailles beaucoup pour les autres. Pourquoi pas pour toi maintenant ?" » se remmémore-t-il.
Jusque là, les fins sont compliquées. Alcino veut vivre mieux. Devenir barman n'est alors absolument pas dans ses objectifs. Et pourtant, il saisit l'occasion présentée par la retraite de la propriétaire du Bar de la Verveine, situé faubourg Saint-Jean, dans le centre-ville du Puy-en-Velay. « C'est la vie qui a voulu ça ! Tenir un bistrot n'a en fait jamais été une passion chez moi ». Pas une passion, mais un plaisir lié aux relations, qu'Alcino a toujours su créer avec ses clients et en dehors.
« Quand un client repart, on est déjà amis »
Les premiers mois après son achat se déroulent très bien. L'ex-patron glisse : « J'ai repris une clientèle déjà bien implantée ici », signe de la postérité de ce troquet de tradition. Mais Alcino s'est aussi appuyé sur ses autres activités : joueur puis coach à l'ex-AS Polignac (aujourd'hui Velay Football Club), pratiquant le rugby, il s'est créé un large réseau sportif. Et puis, comme il le répète : « Quand un client repart, on est déjà amis, et le bouche-à-oreille, c'est la meilleure publicité »...
Pendant 27 ans, Alcino affirme « n'avoir vu aucun coup de poing » à l'intérieur du bar. « Il fallait anticiper les bagarres ! Quand un client est chaud, il vaut mieux y aller avec précaution... » En regardant en arrière, l'ancien patron sourit : « Ma prédecesseuse m'avait dit : "Tu en auras marre au bout de dix ans". Résultat : j'ai tenu plus longtemps que prévu ! »
Mais au fil des années, les forces s'amenuisent et l'envie, peut-être, s'efface doucement. « Aujourd'hui, j'ai 71 ans. Il y a moins d'énergie, et c'est un métier difficile... Et puis au fil du temps, ma clientèle s'est légèrement dégradée, parce que les gens ont de plus en plus peur avec les effets de l'alcool ».
Deux destins croisés au Bar de la Verveine
Début juillet, le nouveau propriétaire, Antonio Guimaraes, a définitivement repris l'affaire. Ancien client d'Alcino, il dit « apprécier l'ambiance bon enfant du Bar de la Verveine ». « Ça le taquinait depuis longtemps », témoigne l'ancien patron. Les deux hommes ont pratiqué le football ensemble, en vétérans, et partagent des destins semblables.
Antonio Guimaraes est aussi natif du Portugal (de Porto), et a migré vers la France durant son enfance. Arrivé en Haute-Loire en 1969, il n'en est plus parti. Après plusieurs années au restaurant « Le Majestic », il a finalement choisi de se mettre à son compte. Les deux se sont entendus « durant l'hiver » pour la passation de pouvoir. « Je sais que je devrai avoir les nerfs solides, mais ça me fait très plaisir d'être là ! » lâche le nouveau patron.
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2 commentaires
Alcino laisse derrière lui bien plus qu'un bar : une adresse où la convivialité avait toujours droit de cité, un sourire qui mettait tout le monde à l'aise et une générosité devenue une véritable signature.
Au moment de lui souhaiter le meilleur pour la suite, retenons aussi ce joli clin d'œil à son attachement à la France : malgré ses racines portugaises, Alcino est resté un supporter indéfectible de l'OM. Une preuve qu'on peut changer de comptoir… mais jamais de couleurs !
Bon vent, Alcino, et merci pour tous ces beaux souvenirs.
Thierry
Alcino laisse derrière lui bien plus qu'un bar : une adresse où la convivialité avait toujours droit de cité, un sourire qui mettait tout le monde à l'aise et une générosité devenue une véritable signature.
Au moment de lui souhaiter le meilleur pour la suite, retenons aussi ce joli clin d'œil à son attachement à la France : malgré ses racines portugaises, Alcino est resté un supporter indéfectible de l'OM. Une preuve qu'on peut changer de comptoir… mais jamais de couleurs !
Bon vent, Alcino, et merci pour tous ces beaux souvenirs.
Thierry