Le Broc : Daras, un artiste aux multiples talents

Par Hélène DEPAILLER , Mise à jour le 30/07/2026 à 12:00

Temps de lecture : 5 minutes

À 43 ans, Ludovic Daras n'a jamais cessé d'apprendre. Autodidacte pur et dur dans tout ce qu'il entreprend, guitariste pendant plus de vingt ans avant de devenir pastelliste, il a simplement changé de langage. Car, pour lui, l'art est avant tout une manière de communiquer. Sa signature, Daras, au bas de chaque œuvre, n'est pas seulement un nom d'artiste. C'est une empreinte. Celle d'un homme qui cherche moins à représenter le réel qu'à transmettre une émotion, une histoire, une part de lui-même.

Tout commence par la guitare. Celle que lui offre son père, guitariste. Son frère et lui deviennent vite des guitaristes exceptionnels. Ils décident alors de monter un duo ensemble et deviennent intermittents du spectacle. Ouverts à de multiples cultures, ils jouent dans la rue et rencontrent des tziganes de Roumanie. C'est le coup de foudre. Ils ne se quitteront plus pendant quelques années, allant même jusqu'à jouer aux Saintes Maries de la Mer.

"On s'est fait plein d'amis manouches, tziganes, gitans."

Lorsque leurs amis Roms décident de poursuivre leur carrière à Paris, ils se séparent et décident de monter leur propre groupe en Auvergne. Les deux frères rencontrent un contrebassiste et montent alors Dacutsa - qui n'est autre que la contraction de leur nom de famille Daras avec celui de leur contrebassiste Costel Micuta (prononcé Micoutsa). S'en suivent alors des années de succès avec de nombreuses représentations à travers la France et des cours de guitare notamment dans une école de musique issoirienne. 

Du jazz manouche aux pastels

"Je regarde cette vidéo du maître pastelliste Chris, et je me dis : je veux faire ça."

Vers l'âge de trente ans, par une nuit d'insomnie, un DVD prêté par un ami de sa mère traîne sur la table. "Je regarde cette vidéo du maître pastelliste Chris, et je me dis : je veux faire ça." Plus qu'une simple curiosité, les pastels deviennent une passion. Ludovic commence par étudier les tableaux des grands maîtres depuis chez lui. Il observe chaque coup de pinceau et chaque matériau pour tenter de les reproduire : le verre, le métal, le bois, la céramique, le côté velouté ou vernissé de certains fruits.
Après plusieurs mois, il réalise ses premières expositions et commence à vendre avec beaucoup d'aisance.

Le petit déjeuner, peint en 2014, nature morte qualifiée d'étude par l'artiste Photo par Daras

La peinture lui offre la liberté et la méditation

"Quand tu es sur scène, tu es obligé d'assurer pour la cohésion du groupe. Quand tu es artiste peintre, tu te présentes tout seul. S'il arrive un souci, l'artiste solitaire n'est responsable que de lui même." Pour cet artiste aux multiples talents qui comptabilise déjà plus de vingt ans de scène, la peinture lui offre désormais une liberté qu'il savoure à chaque instant.

"Lorsque tu joues des concerts dans les bars jusqu'à quatre heures du matin pendant vingt ans, tu t'uses indéniablement."

Ses peintures les plus récentes ? Elles sont parties d'un mot, d'une discussion avec une amie autour du thème Vibrations. Dans la foulée de cet échange avec son amie, il écrit tout sur un post-it : il a ses trois tableaux en tête, il lui suffit juste de poser les couleurs.

Premier volet du triptyque Le silence des ondes Photo par Daras

Le premier pastel issu de cette série se constitue comme une nature morte. Mais, au milieu, trône un objet inhabituel. De ce contraste, la composition apparaît comme troublante. "Le téléphone vibre comme un dieu, et tout tombe" pour reprendre les mots de l'artiste qui s'intéresse à "la comparaison entre la nature morte, douce et sereine, qui s'inscrit dans un temps en suspend et le téléphone qui, avec ses coupures intempestives, vient vibrer et tout faire tomber." Le vin coule en dehors du cadre, présenté penché de préférence.

Un artiste qui aime le pastel pour sa spontanéité

Ce que Daras apprécie dans le pastel, c'est le côté spontané des couleurs qui apparaissent directement sur le papier, sans palette. D'un arrière plan qu'il traite en priorité, il passe successivement aux autres couches pour arriver aux derniers détails. Daras travaille la lumière et s'intéresse au rapport avec l'ombre. D'un simple petit caillou comme exemple, l'artiste nous démontre l'importance des ombres pour créer le volume. Pour lui, c'est un langage, une communication entre deux éléments. Grâce à ce travail, le tangible et le non tangible peuvent apparaître.

"Si tu te trompes au niveau des ombres, le cerveau voit qu'il y a un problème. Cela peut être troublant, malaisant. C'est presque instinctif, c'est un marqueur de sens."

Talent inné ou force de l'expérience et du travail ?

L'artiste confie être passé de l'état d'étude à l'état de créativité. Ce sont bien souvent des collaborations ou des commandes qui l'inspirent. 

"Je ne sais pas si la pratique artistique est innée. Mais il y a beaucoup de grands noms qui se sont découverts un talent en travaillant." C'est ce que cet ancien intermittent par ailleurs professeur de guitare enseignait au travers de la musique. Cet artiste qui a passé beaucoup d'heures à étudier la peinture n'a pourtant pas eu l'impression de travailler. "C'est un état méditatif plus qu'un effort." nous confie-t-il.

Un rêve qui se construit de jour en jour

Le pastelliste apprécie les encouragements de ses proches qui le nourrissent. " C'est un rêve continu, j'affine mon travail progressivement. J'ai déjà ma personnalité qui ressort et j'aimerais continuer à explorer de nouvelles techniques."  Daras peut passer des heures et des heures à peindre des brins d'herbe depuis son atelier installé dans la commune du Broc.

Un homme aux ressources inépuisables dans son envie de créer. Et si l'on vient à lui passer une commande, c'est toujours pour lui une source de créativité, inépuisable. Cet élan lui permet de se perfectionner et d'affiner encore et encore ses gestes. S'il avait un rêve, ce serait que sa signature reste et que ses peintures qui racontent une histoire s'ancrent dans la durée. 

 

 

 

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